Santé
Healthcare excellencePlanification intégrée des ressources

Quartier opératoire : planifier stratégiquement pour une meilleure occupation de l’hôpital.

Dans le contexte actuel de volonté de réduction de lits et de construction de réseaux hospitalier, il sera important de programmer au mieux l’activité chirurgicale au bloc opératoire pour stabiliser et augmenter progressivement le nombre de lits occupés.
Nicolas Claus

Le bloc opératoire est une plateforme essentielle, critique et complexe pour un hôpital. Il fait partie de son cœur d’activité et constitue souvent la raison d’être du séjour hospitalier. Cependant, sa gestion opérationnelle est loin d’être un long fleuve tranquille et fait très souvent face à différents enjeux de taille.

Il représente un centre d’activité où interagissent beaucoup d’acteurs, aux profils et compétences diverses pour mener une activité très spécifique et spécialisée où il n’y a pas le droit à l’erreur. L’enjeu de collaboration interdisciplinaire est donc essentiel. Cette collaboration ayant l’objectif de proposer une pratique médicale de qualité optimale au patient, couplée avec un besoin d’efficience. En effet, le coût cumulé du personnel et des installations fait du quartier opératoire un centre de coût significatif pour l’hôpital pouvant s’élever à 10% du coût de l’hôpital en tenant compte du pré et du post opératoire.

Le quartier opératoire est aussi un épisode très important dans le trajet du patient et nécessite une interconnexion optimale avec les autres services de l’hôpital. Cependant, par son activité aigue spécifique et son environnement stérile, il a tendance parfois à se replier sur lui-même dans son fonctionnement.

A côté de cette gestion opérationnelle difficile, nous remarquons que les institutions hospitalières ont fortement changé, tant dans les périmètres de prise en charge que dans leur volume d’activité. Ainsi, la variété des pathologies traitées et les croissances d’activité des blocs opératoires ont parfois rendus leurs infrastructures désuètes, voir trop petites, par rapport à leur construction initiale. Il est souvent nécessaire de faire preuve d’imagination pour trouver des solutions adéquates à ces problématiques.

Peu de place, grand nombre d’intervenants aux compétences multiples qui doivent collaborer, coût horaire important, environnement stérile, etc.  Dans ce contexte difficile, l’activité de planification des interventions chirurgicales devient l’élément clé à la gestion professionnelle de cette entité aux soins aigus.

Or, la planification des interventions ne doit surtout pas se limiter uniquement à ses dimensions opérationnelles (ajout des urgences, annulations) et tactiques (gestion des congés des médecins). En effet, il est essentiel de conserver, voire de renforcer, la vision stratégique du planning opératoire, notamment lors de la révision de l’attribution des plages. Pour ce faire, voici une panoplie de réflexions que tout gestionnaire de bloc opératoire se doit de garder en tête :

  • Un bon équilibre entre développement d’activité et offre de soins variée: Il n’est pas toujours aisé de tenir compte des objectifs de développement de l’activité chirurgicale par discipline et du plan stratégique médical dans l’attribution des plages. Si certaines disciplines doivent stratégiquement être privilégiées, il est néanmoins important de proposer une gamme complète d’interventions pour répondre aux besoins des patients.
  • Une prise en compte du besoin réel de capacité opératoire (lié au nombre de plages électives d’un programme) : L’engagement de nouveaux chirurgiens est toujours une bonne nouvelle pour un hôpital. Parfois, la limite physique du nombre de salles opératoires disponibles atténue cet enthousiasme. Avant de décider d’engager des investissements conséquents pour l’aménagement de nouvelles salles, il convient de se poser les questions suivantes :
    • Toutes les interventions au bloc opératoire ont-elles une valeur ajoutée à être réalisées au bloc ? Par exemple, il convient d’identifier les interventions moins invasives pour lesquelles il pourrait être fait l’économie de l’utilisation d’une salle.
    • Le bloc opératoire fonctionne-il de manière optimale ? Le taux d’occupation des plages opératoires doit être analysé en identifiant précisément les démarrages tardifs du programme, les temps de rotation entre interventions et les dépassements du programme qui induisent une charge trop importante en heures supplémentaires. Des actions doivent ensuite être menées pour proposer une occupation optimale du programme électif, en ne négligeant pas la nécessité d’intégrer les urgences de manière optimale.
    • Peut-on envisager un élargissement des plages horaires opératoires ? Cette question doit s’accompagner d’une réflexion sur son impact et ses répercussions sur les autres services connectés au quartier opératoire (stérilisation, brancardage, unités de soins, pharmacie, gestion des lits, etc …).
  •  La fixation et le suivi d’objectifs ambitieux par discipline en stimulant un climat positif et évitant la compétition entre services qui n’ont pas lieu d’être comparés, que ce soit en termes de nomenclature ou de recrutement. Cette base objective est aussi un moteur pour favoriser la désindividualisation des plages opératoires, qui permet de renforcer au mieux l’occupation des salles. s
  •  La prise en compte de la durée des séjours hospitaliers dans la planification opératoire, la place limitée étant une problématique pour l’hôpital tout entier. Ceci s’applique bien sûr aux interventions One Day et Same Day pour proposer des plages cohérentes et favoriser au mieux le confort du patient arrivant le matin même. D’autre part, le niveau d’occupation des lits hospitaliers peux varier très fortement au jour le jour. L’attribution d’une plage opératoire doit tenir compte de son impact sur le remplissage des lits tout au long de la semaine, pour réduire le plus possible les variabilités dans l’occupation de l’hôpital. Une occupation plus stable et homogène ayant pour avantage de permettre une meilleure affectation des ressources à l’activité, mais aussi d’augmenter l’occupation des lits hospitaliers. Un exercice intéressant doit être mené avant d’attribuer les plages opératoires : il convient de catégoriser les interventions opératoires, non pas uniquement en fonction de leur durée d’intervention, mais aussi de la durée du séjour estimée pour le patient au sein de l’établissement hospitalier. Sur cette base, des simulations pourront être réalisées afin de proposer la plage opératoire la plus adéquate pour favoriser une occupation plus homogène des lits hospitaliers.

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Nicolas Claus

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