Industrie
Supply Chain Management

Evolution des chaînes d’approvisionnement : de pression en traction…

Un processus PV&O correct est fortement guidé par la demande, et donc, la production doit suivre la demande de la clientèle plutôt qu’être utilisée au maximum : le modèle de la chaîne d’approvisionnement a évolué de la pression à la traction !
Leon Van der Loo

La gestion de la chaîne d’approvisionnement l’emporte finalement sur la fabrication !

Ayant un poste de gestion de la chaîne d’approvisionnement dans l’industrie chimique et pharmaceutique depuis 15 ans, j’ai rencontré Peter Devos, Directeur Général de la European Chemical Transport Association (ECTA) (Association Européenne du Transport de Produits Chimiques) qui a aussi une grande expérience dans l’industrie chimique. Nous avons eu une discussion intéressante sur les développements de la chaîne d’approvisionnement dans cette industrie.

Nous avons tous deux assisté à d’énormes développements au cours des 10 dernières années. En cause (et non des moindres) : la digitalisation toujours croissante devenue moteur clé de la mondialisation et créant une chance inouïe de mieux équilibrer l’offre et la demande, d’augmenter la visibilité « de bout en bout » dans la chaîne d’approvisionnement et d’explorer comment améliorer la collaboration logistique entre partenaires et clients.

L’industrie chimique : par nature guidée par les actifs

L’industrie chimique est historiquement guidée par les actifs du fait des importants investissements en capital. Le pouvoir et la structure organisationnelle ensilotée des entreprises de fabrication dans les grandes sociétés chimiques sont dès lors traditionnellement larges et ont souvent une réflexion intégrée sur la chaîne d’approvisionnement et une mise en place de méthodes de Planification des Ventes et Opérations (PV&O) propres souvent bloquées depuis longtemps. La forte intensité en capital guidant le besoin de maximaliser l’utilisation de la capacité de production et de limiter autant que possible les coûts des biens vendus, le modèle de la chaîne d’approvisionnement est somme toute assez fort guidé par la pression. Comme l’indique le CEFIC (The European Chemical Industry Council) (Conseil Européen de l’Industrie Chimique), l’utilisation de la capacité de production dans l’industrie chimique a un long terme moyen légèrement supérieure à 80 %.

De la PV&O locale à mondiale… et à la planification intégrée des affaires

Bien que la réflexion sur la PV&O soit présente depuis de nombreuses années, elle est souvent restée aux niveaux locaux. Pour mettre en place une PV&O mondiale, des systèmes de PRE inter-organisationnels (mondiaux) et des systèmes de planification associés (avancés) sont nécessaires et, bien souvent, ils font défaut. L’augmentation de la digitalisation et la vitesse à laquelle les données nécessaires sont disponibles pour effectuer une PV&O mondiale allant de pair changent la réflexion sur la chaîne d’approvisionnement dans les sociétés, de la pression à la traction. Les derniers systèmes ont même des données disponibles en temps réel pour guider les décisions concernant les affaires à tous les niveaux de l’organisation. Par exemple, j’ai mis en place une pleine visibilité du transport maritime avec l’aide d’un transporteur de fret mondial il n’y a pas si longtemps, qui nous permet d’avoir les données sur la cargaison maritime (ETD, ETA, ATA etc.) directement sur notre système de PRE. Cela a constitué un grand pas en avant dans le contrôle (et l’amélioration !) des niveaux de service clientèle à l’échelle mondiale. Les tableaux de commande des chaînes d’approvisionnement en ont tiré bénéfice et en deviennent fortement avancés.

La planification intégrée des affaires est devenue le premier sujet de conversation dans de nombreuses grosses sociétés aujourd’hui ! La capacité de réaction des clients a augmenté énormément et, de ce fait, la capacité des sociétés à réagir rapidement aux besoins et développements du marché a augmenté elle aussi. Comme le disait Darwin : « Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, c’est celui qui s’adapte le mieux au changement ». Avec une capacité de réaction accrue, les sociétés deviennent plus agiles et ressentent les besoins dans ce monde en évolution rapide.

Amélioration des capacités de production mondiales… quels sont les effets ?

Quand les sociétés passent à une PV&O mondiale, les effets sur les installations individuelles et les salariés sont énormes et ne doivent pas être sous- estimés. Les installations sont transformées en « installations tournantes » flexibles pour répondre à la demande mondiale. Le local pour la production locale devient moins important et « le mondial pour le local » est la nouvelle norme de planification, prenant en considération la capacité mondiale, l’énergie mondiale, les coûts de fabrication et la demande de la clientèle mondiale. La capacité d’une installation ne peut plus être considérée individuellement et quelqu’un doit donner des instructions sur la manière d’utiliser la somme de toutes les capacités des installations dans la société. Et, là, nous y sommes… Ce sont les départements des chaînes d’approvisionnement qui se voient attribuer le premier rôle indépendant tant désiré dans les sociétés, parce qu’ils détiennent la planification et sont ceux qui ont la vue d’ensemble à l’échelle mondiale ! Donc, les décisions concernant la planification deviennent plus centralisées. À nouveau, l’amélioration continue des outils de TI soutiennent ce processus de prise de décision plus complexe.

Chaînes d’approvisionnement guidées par la demande… et que devrait faire la Fabrication ?

Cela dit, cela change aussi le rôle dominant historique de l’organisation de fabrication. Un processus PV&O correct est fortement guidé par la demande, et donc, la production doit suivre la demande de la clientèle plutôt qu’être utilisée au maximum : le modèle de la chaîne d’approvisionnement a évolué de la pression à la traction !

Les effets sont énormes. En faveur de l’image mondiale, les installations ne sont plus en pleine charge. La fabrication doit apprendre comment utiliser une installation plus efficacement, par exemple à seulement 60 %, et cela est très neuf pour elle.

  • Y-a-t-il une connaissance suffisante de l’utilisation efficace des installations à des taux d’utilisation plutôt bas ?
  • Quels sont les effets sur la main d’œuvre ?
  • Cela veut-il dire que les sociétés doivent commencer à penser à augmenter leur base de main d’œuvre flexible ?
  • Cela est-il possible pour une industrie ayant un tel niveau d’expertise que l’industrie chimique ? Il est certain que dans les prochaines années les sociétés devront repenser leur culture et aptitudes en termes de gestion du personnel (ce qui assurément influence fortement la gestion des talents) et cela pourrait créer une nouvelle (r)évolution !

Rendez-vous à LogiChem 2017 ?

À LogiChem 2017, la tendance à la planification intégrée des affaires, à la digitalisation, aux chaînes d’approvisionnement mondiales et à l’optimisation des réseaux (de logistique) est à nouveau visible. J’espère avoir des discussions avec d’autres professionnels de la chaîne d’approvisionnement comme celle que j’ai eue vendredi passé avec Peter Devos. Faites-mois savoir si vous êtes intéressé !

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Leon Van der Loo