Santé
Soins personnalisés

Des soins personnalisés… ce n’est pas pour demain.

Tout le monde en est désormais convaincu : le patient doit être au centre de la démarche de soins. Ce qui n’est pas sans poser de grands défis…
Eline Maes

En écoutant l’expérience vécue par un collègue qui a suivi de près le trajet de soins de son père, je n’ai pu que conclure : « peut mieux faire ! ». À tous les niveaux : manque de communication entre les disciplines médicales, informations lacunaires pour le patient et ses proches, faible contrôle de la consommation de médicaments, incertitude sur la date de sortie, etc.

Pourtant, tout le monde en est désormais convaincu : le patient doit être au centre de la démarche de soins. Ce qui n’est pas sans poser de grands défis… Nous devons apprendre à (encore) mieux écouter le patient et à l’impliquer davantage. S’il est important de travailler de manière segmentée, il faut assurer une (meilleure) collaboration tout au long de la chaîne de soins. Pour y parvenir, les hôpitaux et les autres établissements médicaux doivent plus que jamais proposer à leurs prestataires de soins un cadre et des outils clairs. Aux côtés de mes collègues de l’équipe Healthcare de Möbius, je veux d’autant plus contribuer à garantir les meilleurs soins possibles qu’un jour viendra peut-être où j’en aurai également besoin pour moi-même ou pour mes proches.

Écouter le patient

Le premier défi tombe sous le sens : nous devons associer le patient, l’écouter. On peut se demander à cet égard pourquoi cette évidence n’est encore que fort peu observée dans la pratique quotidienne. Ainsi, mesurer les expériences des patients (au moyen de « PREM », c’est-à-dire des « patient related experience measures ») après une visite/admission à l’hôpital est une source précieuse d’informations pour continuer à améliorer les prestations de services. Si nous le pratiquons de manière plus systématique, en l’intégrant dans nos pratiques, nous incitons le patient à y réfléchir également de manière active. Pour de nombreux malades chroniques, qui viennent fréquemment à l’hôpital, les expériences qu’ils y vivent (eux et leur entourage) ont même une incidence non négligeable sur leur qualité de vie. Indépendamment des PREM, le prestataire de soins peut dès demain se poser la question : dans quelle mesure traitons-nous le patient et son entourage comme si c’était notre propre famille ? Et comment pouvons-nous inciter le patient à endosser le rôle de metteur de scène ?

Travailler de manière segmentée

Chaque patient est différent, évoluant dans un autre contexte, avec d’autres besoins, d’autres souhaits, etc. Il faut se rappeler que l’objectif final des soins et du soutien est de répondre au souhait personnel de chaque patient individuel et de lui offrir la meilleure qualité de vie possible.  Vu le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre de malades chroniques, il est d’autant plus important de travailler de manière segmentée. Dans certaines situations, comme la revalidation spécialisée, les soins de santé mentale, etc., cela pourrait même prendre une forme très poussée, jusqu’au niveau de l’individu. On pourrait ainsi travailler avec des profils de soins biopsychosociaux spécifiques à chaque pathologie, avec des check-lists comprenant un ensemble d’indicateurs (« evidence-based ») qui seraient complétées par tous les prestataires de soins concernés de l’équipe multidisciplinaire.  Cette méthode permet un échange efficient des données du patient dans les réunions multidisciplinaires avec, à la clé, des objectifs individuels (à court et long terme), des interventions spécifiques par prestataire et une planification des soins à long terme. En outre, y associer le patient aboutit à de meilleurs résultats (notamment en lui donnant davantage confiance dans la thérapie).

Appliquer une approche intégrale

Assurer une collaboration (plus intense) tout au long de la chaîne de soins est tout sauf évident. Il faut évacuer en effet la « pensée en silo » et mettre en place une meilleure intégration et collaboration entre les hôpitaux et les autres acteurs du secteur des soins. Il est grand temps de réfléchir selon un modèle basé sur le patient/la demande, avec des parcours de soins qui relient les traitements au sein des établissements et par-delà leurs frontières. S’il faut décentraliser les soins (chroniques), il est indispensable par ailleurs de concentrer leur offre. Les hôpitaux et les autres établissements de soins doivent, avec le réseau, bien analyser la demande (dans la région) et, sur cette base, choisir quelques axes d’intervention, et ne plus continuer à proposer une offre globale. En outre, il importera de mesurer la qualité des soins proposés (au moyen de « PROM », c’est-à-dire des « patient related outcome measures ») pour pouvoir ajuster la qualité en permanence. Mais « first things first » : commençons par abattre les murailles au sein de chaque établissement et à encourager une meilleure collaboration.

Donner plus d’autonomie aux prestataires de soins

En définitive, ce sont les prestataires de soins qui se chargent des soins au patient (et qui en déterminent la qualité). Et nous ne parlons pas des enquêtes de qualité des instances JCI ou NIAZ, mais d’un comportement idéal du prestataire de soins. En standardisant moins les prestations de soins, les collaborateurs/intervenants gagneront en autonomie et donc en satisfaction personnelle. Il importe dès lors de réfléchir au modèle d’organisation et d’étudier des principes d’autopilotage.

Fournir un bon encadrement (technologique)

Rien ne va de soi. Il incombe aux établissements de soins de créer un cadre qui stimule la collaboration multidisciplinaire, permet de travailler de manière segmentée, exploite au mieux le potentiel des nouvelles technologies, etc. Pour ce faire, les établissements de soins doivent investir dans un cadre où le patient a la possibilité de canaliser sa demande (portail, agent conversationnel, courriel, tête-à-tête, etc.) et où le professionnel dispose des bons outils (DPI, check-list, etc.). De la sorte, le patient et le prestataire de soins communiqueront plus rapidement et mieux, et tout part de là en définitive.

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Eline Maes

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